La tour de Béraud

Voir ici les photos de notre randonnée à Beaucaire.

Ce matin, départ un peu avant le Château Mourgues du Grès, dans la campagne beaucairoise. Tout le monde est là, avec le sourire et de bonne humeur… Voilà déjà deux ingrédients indispensables pour réussir une randonnée !
Nous sommes ici au pied des Costières de Nîmes, entre vignes, vergers et garrigue. Le Château Mourgues du Grès est un ancien domaine agricole qui appartenait, dès le XVIᵉ siècle, aux Ursulines de Beaucaire. Son nom en garde d’ailleurs le souvenir : en provençal, les «mourgues» désignaient les religieuses, tandis que le «grès» évoque les galets roulés caractéristiques de ce terroir.
À peine partis, nous faisons déjà un bond de près de 2 000 ans dans le passé !
Au milieu de la végétation apparaissent les vestiges d’un monument funéraire romain, probablement un cénotaphe ou un mausolée. Il devait commémorer un personnage important de l’époque romaine. Difficile aujourd’hui, devant ces quelques pierres, d’imaginer l’allure du monument à son origine ! Il pouvait peut-être rappeler le célèbre mausolée de l’Île du Comte, dont les vestiges et sculptures sont conservés au Musée Auguste Jacquet de Beaucaire. Le territoire de Beaucaire est particulièrement riche en vestiges funéraires gallo-romains.
Après cette première leçon d’histoire en plein air, nous reprenons notre chemin sur un joli sentier qui nous conduit à la Fontaine du Roy.
Son nom est accompagné d’une jolie tradition locale : Saint Louis aurait bu à cette source, probablement lors de son passage dans la région à l’époque des croisades. Est-ce vraiment arrivé ? L’histoire ne nous permet pas de l’affirmer… mais la légende est suffisamment belle pour qu’on la raconte ! Mais il est plus vraissemblable que le nom soit lié au fait que les boeufs et les hommes se sont arrêtés boire à cette source lors du transport des pierres de Beaucaire pour la construction d’Aigues-Mortes.
Nous continuons ensuite sur un chemin bordé d’amandiers. Hélas, les pauvres font grise mine. La sécheresse est passée par là et les arbres souffrent visiblement du manque d’eau. Sur les grandes tiges de fenouil, en revanche, il y a foule ! Des « missouninques » s’accrochent en quantité aux branches. Elles semblent avoir trouvé là un endroit tout à fait à leur goût… et nous donnent une nouvelle occasion de nous arrêter et d’observer.
Car il fait chaud ! Très chaud même…
Nous apprécions donc particulièrement les passages ombragés qui nous permettent de monter tranquillement sur le plateau de Jonquières.
Là-haut, changement de décor. De longs chemins presque rectilignes traversent les cultures et les vergers. Mais aujourd’hui, l’un de ces chemins possède un attrait tout particulier : il nous conduit tout droit… chez Claude et Michel !
Et là, quel accueil !
Claude et Michel ont la gentillesse de nous inviter à faire une pause sur leur jolie terrasse fleurie et ombragée. Et surtout, ils nous offrent de délicieuses boissons bien fraîches ! Autant dire qu’après plusieurs kilomètres sous le soleil, personne ne se fait prier !
Merci Claude ! Merci Michel !
Depuis notre arrivée sur le plateau, le Mistral s’est également invité à la randonnée. Mais pour une fois, il a décidé d’être raisonnable : il souffle juste ce qu’il faut pour nous rafraîchir et rendre la marche vraiment agréable.
Autour de nous pourtant, le paysage rappelle encore le manque d’eau. Les vergers souffrent eux aussi de la sécheresse, malgré l’arrosage.
Après cette pause particulièrement appréciée, Michel décide de nous accompagner pour la suite de notre périple.
Direction la fameuse Tour de Béraud !
Nous marchons, nous marchons… et enfin nous arrivons. Et là, devant les quelques murs encore debout, la joyeuse troupe regarde notre guide avec un air quelque peu dubitatif : – C’est ÇA, la Tour de Béraud ? – On a fait tous ces kilomètres pour voir… cette ruine ?
Pauvre guide !
Heureusement, comme souvent, quelques explications suffisent pour que le «tas de pierres» prenne soudain une tout autre dimension. Car la Tour de Béraud date du XIVᵉ siècle. Elle aurait fait partie d’un réseau de tours permettant de surveiller la plaine et de transmettre l’alerte en cas de danger. Des feux allumés au sommet permettaient de faire circuler rapidement l’information de tour en tour, notamment depuis le littoral jusqu’à Beaucaire.
Au XVIIᵉ siècle, elle aurait également servi de poste de garde avec une petite garnison chargée de lutter contre les brigands. Puis, au XIXᵉ siècle, elle aurait connu une nouvelle vie en accueillant un dispositif du télégraphe optique Chappe, sur la ligne reliant Nîmes à Beaucaire.
Finalement, elle en a des choses à raconter, notre ruine !
Les plaisanteries cessent… enfin presque !
Nous revenons ensuite sur nos pas et, arrivés au croisement, nous laissons Michel repartir vers chez lui. Il a encore une journée bien chargée devant lui, avec  la soirée musicale du Mas du Boschet.
Pour nous, il ne reste plus qu’à redescendre tranquillement en direction du Mas des Mourgues du Grès, avant de retrouver un peu plus loin nos voitures.
Une randonnée sous le soleil, certes, mais avec juste ce qu’il fallait de Mistral pour nous rafraîchir, quelques pages d’histoire romaine et médiévale, une fontaine royale, une tour qui avait d’abord déçu tout le monde avant de retrouver ses lettres de noblesse…
…et surtout une bien agréable pause chez Claude et Michel !
Encore une belle matinée de randonnée, faite de découvertes, de sourires et d’amitié !
8.5 km – 102 m