Fourques

Voir ici quelques photos de notre balade à Fourques
Ce matin, quel bonheur ! Un soleil splendide, un ciel magnifiquement bleu… mais aussi du mistral et des températures plutôt fraîches ! Et, pour une fois, personne ne s’en plaint ! Bien au contraire, nous pouvons enfin ressortir une petite veste, ce qui ne nous était pas arrivé depuis de nombreux mois ! Voilà une fraîcheur qui fait du bien !
Nous voici donc partis pour une petite randonnée à la découverte du patrimoine fourquésien, un patrimoine parfois discret, mais qui nous réserve bien des surprises.
Nous découvrons d’abord le Pomerium, un nom qui nous ramène directement à l’Antiquité romaine. Chez les Romains, le pomerium désignait la limite sacrée d’une ville, une frontière symbolique qui séparait l’espace urbain du territoire extérieur. Un mot qui nous donne déjà un avant-goût de notre journée placée sous le signe de l’histoire !
Nous poursuivons vers l’église Saint-Martin, témoin de plusieurs siècles de vie religieuse. D’origine médiévale, elle a connu des transformations au fil du temps. Elle conserve notamment un remarquable sarcophage paléochrétien, précieux témoignage des premiers siècles du christianisme dans notre région. Ces sarcophages de pierre, souvent sculptés, étaient destinés à recevoir les dépouilles de personnages importants.
Un peu plus loin, nous évoquons le château de Fourques, dont les origines remontent au Moyen Âge. Il rappelle le rôle stratégique du village, installé à proximité immédiate du Rhône, cette grande voie de circulation qui a été longtemps aussi une frontière et un enjeu de pouvoir.
Nous rejoignons maintenant la digue et nous passons devant le rhônomètre, un dispositif destiné à mesurer et à rendre visibles les niveaux atteints par le fleuve lors de ses crues. Il nous rappelle que le Rhône, si paisible aujourd’hui, peut aussi devenir redoutable. Les habitants de Fourques ont appris, au fil des siècles, à vivre avec ses débordements, à construire des digues et à surveiller ses humeurs.
Un peu plus loin, nous nous arrêtons devant le mur des Justes, lieu de mémoire qui rend hommage aux Justes parmi les Nations, ces femmes et ces hommes qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont pris des risques pour protéger et sauver des Juifs persécutés. Un moment de réflexion devant ce témoignage de courage et d’humanité. Car le patrimoine, ce ne sont pas seulement des pierres et des monuments : c’est aussi la mémoire des hommes et des femmes qui nous ont précédés.
Nous voici maintenant devant l’un des monuments les plus emblématiques du village : le pont suspendu de Fourques.
Construit au XIXe siècle, ce pont a représenté une véritable révolution pour les habitants. Avant son existence, franchir le Rhône n’était pas une mince affaire ! Il fallait utiliser des embarcations ou des bacs, avec toutes les difficultés et les dangers que cela pouvait représenter, particulièrement lorsque le fleuve était en crue. Avec ses câbles de suspension, ses pylônes et son tablier, ce pont témoigne des grandes innovations techniques de son époque. Il a permis de faciliter considérablement les échanges entre Fourques et Arles. Depuis quelques années, il est fermé à la circulation automobile, mais il conserve tout son charme et nous offre un magnifique point de vue sur le Petit Rhône. Nous faisons donc une petite halte, le temps d’admirer le paysage et d’imaginer les générations de voyageurs qui l’ont emprunté avant nous.
Nous poursuivons maintenant notre promenade sur la digue, en direction de l’île des Sables. Le mistral est toujours bien présent, mais le soleil nous accompagne et cette fraîcheur est finalement très agréable !
Nous dépassons l’île des Sables et voici venu le moment de notre première petite halte culturelle.
Aujourd’hui, on soumet deux mots à la sagacité de nos randonneurs : Que sont les « ségonnaux » et les « sauzettes » ? Quelques propositions fusent… Des plantes ? Des oiseaux ? Des poissons ? Des spécialités locales ? Ah ! Voilà deux mots bien de chez nous, qui méritent quelques explications… Mais pour les réponses, il faudra patienter jusqu’à la fin de notre promenade !
Nous poursuivons et, soudain, notre attention est attirée par d’impressionnants lions de pierre qui dominent les piliers de l’ancien pont ferroviaire de Trinquetaille.
Quelle allure !
Ces lions rappellent l’existence d’un ancien pont métallique construit au XIXe siècle pour permettre au chemin de fer de franchir le Rhône et de relier Arles à la rive droite du fleuve.  Mais l’ouvrage est détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1944. Aujourd’hui, ses vestiges et ses lions monumentaux qui semblent toujours monter la garde au-dessus du fleuve, ne passent pas inaperçus !
Nous poursuivons notre chemin et attaquons une petite descente qui nous conduit vers un vaste espace aménagé au bord du Rhône. Et là, nouvelle surprise : nous découvrons les vestiges de l’ancien pont romain à bateaux d’Arles. Voilà qui tombe particulièrement bien ! Hier encore, lors de notre visite au Musée départemental Arles antique, nous avions admiré la maquette de cet étonnant ouvrage !
Car les Romains, décidément très ingénieux, avaient imaginé un système original pour franchir le Rhône. Le pont associait des parties fixes, construites sur des appuis solides, à une partie flottante reposant sur des bateaux amarrés les uns aux autres. Un tablier de bois permettait ainsi aux hommes, aux animaux et aux marchandises de traverser le fleuve. Ce système présentait un avantage important : il pouvait mieux s’adapter aux variations du niveau de l’eau qu’un ouvrage entièrement fixe.
Il faut imaginer l’animation qui régnait ici à l’époque romaine ! Des commerçants, des soldats, des voyageurs, des chariots chargés de marchandises… Arles était alors un port important, au carrefour des échanges entre la Méditerranée et l’intérieur de la Gaule. Devant ces vestiges, notre imagination nous entraîne une nouvelle fois 2 000 ans en arrière !
Et comme nous sommes encore imprégnés de notre visite d’Arles de la veille, impossible de ne pas évoquer Jules César, qui a favorisé  le développement de la colonie romaine d’Arles, puis Auguste, sous le règne duquel ont été édifiés de grands monuments comme le Théâtre Antique. Et de César, nous passons tout naturellement à Énée, ce héros troyen qui, selon la légende, fuit Troie en flammes pour rejoindre l’Italie. Les Romains le considéraient comme l’un de leurs ancêtres, et Jules César prétendait même descendre de son fils Iule.
Mais qui était la mère d’Énée ? Aphrodite, bien sûr, devenue Vénus chez les Romains… Nous voilà donc revenus à notre célèbre Vénus d’Arles, découverte dans le Théâtre Antique et qui avait été au cœur de nos découvertes de la veille. Comme quoi, d’une visite à l’autre, tout se rejoint !
Avant de terminer notre promenade, revenons à nos devinettes !
Les ségonnaux sont les terres situées entre le lit du Rhône et les digues qui le protègent. Ce sont donc des espaces que le fleuve peut inonder lors de ses crues. Autrefois, ils étaient souvent utilisés pour les pâturages, les cultures ou l’exploitation des bois.
Les sauzettes, quant à elles, désignent localement de petites formations de saules, ces arbres qui aiment particulièrement les sols humides et les bords du Rhône. Leur nom vient tout simplement du saule, appelé sause en provençal.
Voilà deux mots du vocabulaire rhodanien que nous pourrons désormais employer en connaisseurs !
Il ne nous reste plus qu’à reprendre tranquillement le chemin en sens inverse, en profitant du soleil, du paysage et surtout de cette fraîcheur tant attendue.
Une petite randonnée, certes, mais quelle richesse de découvertes !
Du patrimoine médiéval aux ouvrages du XIXe siècle, des souvenirs de la Seconde Guerre mondiale aux vestiges de l’Antiquité romaine, nous avons encore une fois traversé les siècles en quelques kilomètres… Et puis, quel plaisir de marcher ensemble, de partager quelques connaissances, de poser des questions, de chercher des réponses et de profiter tout simplement de cette belle matinée !
Comme quoi, il n’est pas nécessaire d’aller bien loin pour faire de belles découvertes !