La roche aux deux trous

Voir ici quelques photos de notre randonnée à St-Rémy-de-Provence.
Voir ici les photos de Jackie.

Du soleil, un ciel d’un bleu éclatant, une petite fraîcheur revigorante et… nos chères Alpilles ! Que demander de plus ? Rien ! Ou plutôt si : de beaux sentiers, quelques grimpettes, des panoramas grandioses et surtout… de belles histoires à raconter ! Allez, c’est parti !
Depuis le parking de Saint-Paul-de-Mausole, nous nous faufilons entre deux clôtures pour rejoindre un pré. Et là, première curiosité : la Pyramide ! Mais qu’est-ce donc que cette étrange formation ?
Quelques pas plus loin, voici le Mas de la Pyramide, un lieu pour le moins insolite, à moitié troglodytique, autrefois animé par le truculent Lolo Mauron ! Un personnage haut en couleur qui recevait ses hôtes autour d’une cuisine généreuse, roborative même, et les régalait d’histoires savoureuses… Vraies ? Inventées ? Peu importe, elles étaient toujours drôles ! Et ce mas recèle bien des mystères… Nous n’allons tout de même pas tous les dévoiler ! Mais nous avons pu admirer cette incroyable colonne naturelle de pierre, haute d’une vingtaine de mètres, dressée là comme par enchantement. Un décor aussi extravagant que son ancien maître des lieux !
Nous voici maintenant sur le diverticule oriental de la voie Domitia. Et voilà qu’une discussion s’engage ! -« La voie Domitia ? C’est l’empereur Domitien, bien sûr ! » – « Mais non, pas du tout ! »
Petite mise au point historique ! Cette voie doit son nom à Cnaeus Domitius Ahenobarbus, général romain et consul en 122 av. J.-C., qui participa à la conquête de la Gaule méridionale. Et notre homme ne faisait pas les choses à moitié : il aurait même parcouru le pays à dos d’éléphant ! Imaginez donc la tête des populations locales ! C’est à son initiative qu’a été aménagée cette grande voie romaine, reprenant en partie l’ancienne voie héracléenne. Et tout cela bien avant que l’empereur Domitien ne voie le jour !
Voilà ! Maintenant, plus personne ne confondra les deux… Enfin, en principe !
Nous rejoignons le vallon de Valrugues. Ah ! Quel bonheur ! Ici, nous sommes à l’abri du vent. Mais pas question de s’endormir : ça grimpe !
Direction le col de Saint-Clerg ! Et là… quelle récompense ! La lumière, les reliefs, les couleurs, cette atmosphère si particulière des Alpilles… On regarde, on admire, on respire. Le vent est revenu nous décoiffer, mais franchement, qu’importe ! On est tout simplement heureux d’être là.
Et ce n’est pas fini ! Nous poursuivons notre ascension jusqu’au plateau de la Caume, vers l’antenne de Saint-Clerg. Encore un panorama ! Encore des «Oh !», des «Ah !», des «Regarde là-bas !»… On ne sait plus où donner de la tête !
Mais le plus spectaculaire nous attend à la descente vers le col. Les «calans» ! Ces incroyables formations rocheuses qui surgissent de la forêt, comme pour rejoindre le ciel ! Un paysage saisissant, presque irréel. On en prend plein les yeux !
Cap maintenant sur le célèbre  Rocher aux Deux Trous, site emblématique des Alpilles. Et là encore, quel spectacle ! La nature a décidément beaucoup d’imagination !
Depuis un moment déjà, les vestes sont tombées les unes après les autres. Le soleil nous réchauffe, les jambes ont bien travaillé et les estomacs commencent à se manifester… Il est temps de s’installer pour le pique-nique !
Mais attention, pas question de trop s’assoupir ! À peine repartis, un petit raidillon nous attend. Histoire de vérifier que les jambes fonctionnent encore après le repas !
Et au sommet… une vue à 360° ! Incroyable ! Un panorama qui efface instantanément les efforts de la montée. On tourne sur soi-même, on cherche des repères, on s’émerveille… Encore !
Nous poursuivons dans cette merveilleuse quiétude que seules les Alpilles savent nous offrir. Une forêt de cèdres nous accueille avant que nous ne dévalions le vallon de Saint-Clerg.
Et voici que notre randonnée se transforme en véritable cours de botanique à ciel ouvert !
Au détour du sentier apparaissent les ruines de la chapelle Saint-Quirice. Dans cet univers minéral, elles apportent une petite touche de poésie et de romantisme.
On tendrait presque l’oreille… N’entend-on pas quelques notes de Mireille, l’opéra de Charles Gounod, qui a trouvé dans ces paysages une partie de son inspiration ?
Encore une histoire ?
Eh oui ! Et celle-ci nous entraîne près de 3 000 ans en arrière !
À cette époque, les populations celto-ligures installées au pied du mont Gaussier avaient déjà compris l’importance de l’eau. Elles ont capté des sources, aménagé des conduites et organisé leur distribution grâce à un ingénieux système de réservoirs.
Puis sont venus les Grecs, qui ont développé Glanon, avant que les Romains ne prennent le relais et ne transforment la cité en Glanum. Et les Romains, comme chacun sait, avaient de grands besoins en eau ! Pour leurs habitations, leurs thermes, leurs fontaines… et pour le sanctuaire de Valetudo, déesse de la Santé.
Mais voilà : dans les Alpilles, l’eau est précieuse et les sources peuvent se montrer bien capricieuses en été ! Alors, comment assurer un approvisionnement régulier ?
Les Romains ont eu  une idée géniale : créer une réserve d’eau grâce à un barrage ! Et ce barrage, vous le connaissez tous ! C’est celui du lac du Peirou ! Plus connu sou le nom de Lac de St Rémy.
Un ouvrage exceptionnel, considéré comme l’un des plus anciens barrages-voûtes connus de l’histoire des techniques. Voilà comment les ingénieurs romains on réussi à assurer l’alimentation en eau de Glanum ! Avouez que ce n’est pas banal ! Et dire que nous marchons au-dessus de toute cette histoire sans toujours nous en douter…
Le vallon nous ramène progressivement vers les vestiges de Glanum. Les siècles défilent sous nos pas : Celto-Ligures, Grecs, Romains… Quel formidable voyage dans le temps !
Nous retrouvons ensuite les anciennes carrières de pierre, dans ces paysages si chers à Vincent van Gogh. Après les ingénieurs romains et les botanistes en herbe, voilà maintenant le peintre qui s’invite à notre randonnée ! Il faut dire que la lumière, les rochers, les pins et les couleurs des Alpilles ont de quoi inspirer les plus grands artistes.
Et nous aussi, d’ailleurs ! Même si, faute de pinceaux, nous nous contentons de nos souvenirs !
Quelle journée !
Des montées qui réveillent les mollets, des descentes qui sollicitent les genoux, des panoramas à couper le souffle, des curiosités géologiques, des plantes à reconnaître, des histoires romaines, des mystères, de la musique, de la peinture… Et surtout, ce bonheur tout simple de marcher ensemble dans un environnement exceptionnel !
Nous nous quittons avec des images plein la tête, quelques belles histoires supplémentaires dans notre bagage…