De la Via Domitia à la source de Tavie

Voir ici les photos de notre randonnée à Jonquières St Vincent.

La pluie étant annoncée pour l’après-midi, nous décidons de modifier l’itinéraire initialement prévu.
Nous partons de la chapelle Saint-Laurent pour rejoindre la Voie Verte en passant derrière le Mourre Gayen et l’Enclos d’Argent. Après avoir franchi le Cros de l’Argent, nous faisons une halte près d’une borne milliaire transformée en calvaire. Nous sommes ici sur la Voie Domitienne (Via Domitia), une voie romaine construite à partir de 118 av. J.-C. à l’initiative du général romain Cneus Domitius Ahenobarbus, dont elle porte le nom. Elle reliait l’Italie à la péninsule Ibérique et assurait les communications entre Rome et les territoires conquis, notamment pour le déplacement des garnisons chargées de leur protection.
La Via Domitia traverse le territoire de la commune de Jonquières-Saint-Vincent sur environ 5 km, au sud du village, depuis le quartier des Mourres de Gayen à l’est jusqu’au quartier de la Devèze à l’ouest, entre Beaucaire et Redessan. Elle existe encore aujourd’hui sous sa forme originelle : un chemin de terre renforcé de couches stratifiées de graviers et de cailloutis.
Tous les milles romains (1 mille = 1 481 mètres), une borne milliaire était installée, à la manière de nos panneaux indicateurs actuels, indiquant les distances jusqu’aux villes voisines. On en comptait sans doute cinq à l’origine sur le territoire de Jonquières-Saint-Vincent, du IXᵉ au XIIᵉ mille. Seules trois sont encore en place, mais à cet endroit nous sommes toujours sur la commune de Beaucaire.
Nous poursuivons tout droit pour repérer les deux bornes situées cote à cote  à environ 500 mètres à l’est du mas des Pradas : l’une, encore debout, érigée en l’an 3 sous le règne de Claude, et l’autre, très abîmée, datant de l’an 31 ou 32 sous le règne de Tibère.
Nous ne pousserons pas jusqu’à celle située à l’extrémité du quartier de la Devèze, à la limite de Redessan, qui marque le IXᵉ mille et date également de l’an 31 ou 32. On l’appelait autrefois « la peire di novi », la pierre des fiancés : les futurs époux s’y retrouvaient pour rédiger leur contrat de mariage en présence du notaire de Redessan, faute d’en avoir un à Jonquières.
À la place, nous bifurquons vers Peire Fioc, Saint-Vincent, et avançons d’un pas assuré en direction de la source de la Tavie.
C’est là, près de cette jolie fontaine  équipée de tables de pique-nique, que nous prenons notre repas.
Le vent se lève, l’atmosphère change… Nous reprenons donc la marche en direction du domaine de Démian. La pluie nous surprend en chemin, mais les voitures ne sont plus très loin.
Et la dégustation de crêpes prévue ?
Elle se déroule finalement bien à l’abri, sous l’étonnante structure métallique qui domine le village. Édifiée en 1933, elle peut surprendre par sa relative démesure. Cette année-là, sous la pression unanime des producteurs jonquiérois, on y a  installé et couvert le marché aux raisins de table. Une enseigne était peinte sur le bardage du fronton est : « Aux chasselas de Jonquières-Saint-Vincent ». Pendant une trentaine d’années, ce marché a connu un véritable succès, avec jusqu’à 200 tonnes de marchandises commercialisées chaque jour, avant que la création des marchés d’intérêt national de Châteaurenard et de Cavaillon ne précipite le déclin des petits marchés locaux.
Alors, qu’est-ce qui a le plus passionné les randonneurs du jour : l’histoire de ce marché couvert, ou la dégustation de crêpes généreusement arrosées d’un délicieux cidre ?
La pluie redouble d’efforts, mais nous avons pu mener à bien notre randonnée… et notre dégustation !
C’est donc le sourire aux lèvres que nous rentrons de cette sortie, décidément pas tout à fait comme les autres.
Cotation : 13,5 km – 120 m de dénivelé